Recherche rupture amoureuse chez les jeunes hommes

Contexte

Ce projet s’intéresse à la prévention de la violence et du suicide chez les jeunes hommes en contexte de rupture amoureuse (RA). La RA est un évènement de vie relativement commun chez les jeunes femmes, hommes et personnes de diverses identités de genre. Près de 98% des jeunes universitaires rapportent avoir vécu ce type d’évènement dans leur vie [1]. Bien que fréquente, la RA peut toutefois avoir des effets délétères sur la santé physique et mentale des jeunes adultes [1–4]. Ainsi, près de 96% des jeunes ayant vécu une RA rapportent avoir vécu des symptômes de détresse psychologique (colère, dépression, anxiété) et 93% des symptômes physiques (nausée, insomnie, perte de poids) [1]. La RA est notamment associée à une augmentation de la détresse psychologique chez les jeunes adultes [2, 4], à la présence de symptômes dépressifs [3] et à une diminution de la satisfaction de vie [2]. La RA peut également entraîner une reconfiguration significative du réseau social des jeunes adultes, et ce, à un âge où les relations sociales sont particulièrement importantes pour le développement personnel [5].

Chez les hommes en particulier, la RA est un facteur de risque important pour la détresse psychologique, les comportements suicidaires [6, 7] et les comportements violents, voire d’homicides [8, 9]. Chez les jeunes, les hommes ont recours plus souvent à des stratégies d’adaptation qui peuvent nuire à leur santé mentale et à leur ajustement à la RA, comparé aux femmes. Ils sont plus susceptibles que les femmes d’avoir recours à l’évitement ou à réagir violemment lorsqu’ils font face à des stress majeurs ou situations d’adversité et ont moins tendance à demander l’aide d’un professionnel ou de leur réseau social [10, 11]. Pour expliquer les difficultés des hommes en contexte de RA, plusieurs chercheur.e.s examinent les relations entre les normes masculines et la santé mentale. Les normes masculines forment un ensemble de règles sociales qui dictent comment les hommes doivent penser et agir. Un important courant de recherche porte sur l’idéologie masculine traditionnelle et ses dimensions individuelles (réussite, contrôle émotionnel, prise de risque, autonomie excessive, primauté du travail) et sociales (violence, domination, séduction des femmes, pouvoir sur les femmes, hétéronormativité / homophobie, poursuite du statut social) [12]. L’adhésion à ces normes peut avoir des effets nocifs sur la santé mentale et la demande d’aide des hommes et leur entourage, principalement l’ex-conjoint.e. Par exemple, les hommes qui valorisent à outrance l’autonomie et le contrôle émotionnel peuvent avoir de la difficulté à demander de l’aide et à s’ouvrir émotionnellement aux autres [12–15]. Cependant, les jeunes hommes qui adoptent des comportements s’éloignant des normes masculines (p. ex. : pleurer, chercher du soutien émotionnel) sont à risque d’être considérés non-masculins, ce qui peut générer plusieurs réactions négatives et des conséquences sur leur santé mentale et leur fonctionnement social : autostigmatisation (se juger soi-même), évitement social, discrimination (être ridiculisé, ostracisé) [15, 16]. L’entourage peut aussi les inciter à « réagir comme un homme » (Man up), rappelant l’importance de se conformer aux normes masculines traditionnelles [17]. Les jeunes hommes font ainsi face à une double contrainte entre les risques de se conformer aux normes masculines et les risques de les transgresser ou de s’en écarter. Cette double contrainte est observée auprès de divers groupes d’hommes et dans différents contextes de vie [15, 16, 18]. Ce courant permet de mieux comprendre comment les hommes doivent « négocier » le genre en contexte psychosocial, incluant la RA. Mais en focalisant sur les aspects négatifs, ce courant adopte une vision déficitaire et omet les idéologies et pratiques de masculinité alignées sur la santé, le bien-être et l’égalité de genre.

Sans nier les aspects négatifs, des courants de recherche portent aussi sur les aspects positifs des masculinités en contexte psychosocial. Par exemple, les jeunes hommes qui vivraient mieux la RA sont ceux qui auraient plus de ressources adaptatives et présenteraient un équilibre entre vivre leurs émotions tout en étant dans l’action [14]. Ces jeunes hommes ressentiraient moins la nécessité de se conformer aux normes de rôle de genre et ressentiraient moins de honte à demander de l’aide. Ce résultat soutient les recherches qui démontrent que les hommes qui ont une conception plus ouverte des masculinités sont moins à risque de dépression, de détresse psychologique et d’idéations suicidaires [19, 20] et sont plus 1 Les renseignements personnels recueillis dans ce formulaire seront conservés dans le fichier de renseignements personnels du programme concerné. PROTÉGÉ B UNE FOIS REMPLIRoy, Philippe CRSH Développement savoir 2024 Description détaillée ouverts à la demande d’aide [21]. Cette ouverture est toutefois plus difficile chez les hommes vivant en milieu rural, ceux qui ont un faible niveau socioéconomique et un faible niveau de scolarité [22].

  1. Morris, C. E., & Reiber, C. (2011). Frequency, intensity and expression of post-relationship grief. EvoS Journal: The Journal of the Evolutionary Studies Consortium3(1), 1–11.
  2. Rhoades, G. K., Kamp Dush, C. M., Atkins, D. C., Stanley, S. M., & Markman, H. J. (2011). Breaking up is hard to do: the impact of unmarried relationship dissolution on mental health and life satisfaction. Journal of family psychology : JFP : journal of the Division of Family Psychology of the American Psychological Association (Division 43)25(3), 366–74. https://doi.org/10.1037/a0023627.
  3. Zhang, Y., & Axinn, W. G. (2022). Cohabitation dissolution and psychological distress among
    young adults: The role of parenthood and gender. Social Science Research102, 1–17.
    https://doi.org/10.1016/j.ssresearch.2021.102626
  4. Field, T., Diego, M., Pelaez, M., Deeds, O., & Delgado, J. (2009). Breakup distress in university students. Adolescence44(176), 705–27.
  5. Aeby, G. (2019). Récits de ruptures conjugales : « créer du sens » en négociant les frontières du réseau. Enfances, Familles, Générations, (34). https://doi.org/10.7202/1070312ar.
  6. Mailloux, B., Brassard, A., Audet, A., Péloquin, K., Savard, C., Daspe, M.-È., … Godbout, N. (2023). Comportements suicidaires chez les hommes en demande d’aide: Rôles des traumatismes en enfance, de l’attachement et des impacts perçus de la pandémie. Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportementhttps://doi.org/10.1037/cbs0000383.
  7. Sharp, P., Ogrodniczuk, J. S., Sha, M., Kelly, M. T., Montaner, G. G., Kealy, D., … Oliffe, J. L. (2023). Working with men in the context of distressed and disrupted intimate partner relationships: A qualitative study. Patient Education and Counseling115, 107873.
  8. Tremblay, G., & al. (2012). Rapport du Comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux. Québec: Ministère de la santé et des services sociaux, Direction des communications. Retrieved from https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2012/12-803-02.pdf.
  9. Logan, J. E., Ertl, A., & Bossarte, R. (2019). Correlates of Intimate Partner Homicide among Male Suicide Decedents with Known Intimate Partner Problems. Suicide & life-threatening behavior49(6), 1693–1706. https://doi.org/10.1111/sltb.12567.
  10. Cena, L., Trainini, A., Zecca, S., Bonetti Zappa, S., Cunegatti, F., & Buizza, C. (2023). Loneliness, affective disorders, suicidal ideation, and the use of psychoactive substances in a sample of adolescents during the COVID‐19 pandemic: A cross‐sectional study. Journal of child and adolescent psychiatric nursing36(3), 188–198.
  11. Wirback, T. (2018). Depression Among Adolescents and Young Adults: Social and Gender Differences. (Ph.D.).PQDT – Global. Karolinska Institutet (Sweden), Sweden. Retrieved from ProQuest Dissertations & Theses Global. (2596534565).
  12. Wong, Y. J., Ho, M.-H. R., Wang, S.-Y., & Miller, I. S. K. (2017). Meta-Analyses of the Relationship Between Conformity to Masculine Norms and Mental Health-Related Outcomes.Journal of Counseling Psychology64(1), 80–93.
  13. Brassard, A., St-Laurent, M., Gehl, K., & Lecompte, T. (2018). Attachement amoureux, symptômes dépressifs et comportements suicidaires en contexte de rupture amoureuse. Santé mentale au Québec43(1), 145–162. https://doi.org/10.7202/1048899ar
  14. Genest-Dufault, S. (2013). Les hommes nus d’amour. L’expérience masculine de la rupture amoureuse: perspectives sur le deuil, le genre et le sens dans l’hypermodernité [Naked loving men. Masculine experience of break-ups: perspectives on grief, gender and meaning in hypermodernity]. Université Laval, Québec.
  15. Roy, P., Tremblay, G., & Duplessis-Brochu, E. (2018). Problematizing Men’s Suicide, Mental Health, and Well-Being. Crisis – The Journal of Crisis Intervention and Suicide Prevention39(2), 137–143. https://doi.org/10.1027/0227-5910/a000477
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  18. Vogel, D. L., Heimerdinger-Edwards, S. R., Hammer, J. H., & Hubbard, A. (2011). “Boys don’t cry”: examination of the links between endorsement of masculine norms, self-stigma, and help- seeking attitudes for men from diverse backgrounds. Journal of counseling psychology58(3), 368– 382. https://doi.org/10.1037/a0023688
  19. Tremblay, G., Roy, P., Morin, M.-A., Desbiens, V., & Bouchard, P. (2011). Conflits de rôle de genre et dépression chez les hommes. Revue québécoise de psychologie32(1), 181–200.
  20. American Psychological Association. (2018). APA guidelines for psychological practice with boys and men. Washington, DC: American Psychological Association.
  21. Mahalik, J. R., & Di Bianca, M. (2021). Help-seeking for depression as a stigmatized threat to
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  22. Hammer, J. H., Vogel, D. L., & Heimerdinger-Edwards, S. R. (2013). Men’s Help Seeking: Examination of Differences Across Community Size, Education, and Income. Psychology of Men & Masculinity14(1), 65–75. https://doi.org/10.1037/a0026813

Objectifs

  1. Faire l’état des connaissances en recherche et en intervention
  2. Décrire l’expérience de la rupture
  3. Analyser les pratiques de masculinité impliquées dans l’ajustement à la rupture

Méthodologie

L’étude utilise une démarche participative de type photovoix qui combine la photographie et l’entrevue. L’étude sera une occasion importante pour que les jeunes hommes puissent faire entendre leur voix et faire connaître leurs préoccupations et pistes de solution. Au total, une vingtaine de jeunes hommes ayant récemment vécu une rupture amoureuse prendront des photos sur le thème de la rupture amoureuse chez les jeunes hommes et seront invités par la suite à en discuter dans le cadre d’une entrevue de recherche. La collecte sera complétée avec un groupe de discussion focalisé formé de 8 à 12 intervenantes et intervenants psychosociaux, permettant ainsi de combiner le savoir scientifique, professionnel, et expérientiel.

Retombées anticipées

Pour la communauté scientifique, l’impact sera de mieux comprendre l’influence des normes masculines et l’agentivité (rôle actif) des jeunes hommes dans l’expérience de la rupture amoureuse. 

Pour les utilisateurs de connaissances, ce projet pourra influencer les pratiques d’intervention pour identifier les trajectoires, l’offre de service et la possibilité de déployer des moyens proactifs (en amont de la demande d’aide) prévenir les situations de crise. 

Nos engagements dans la formation universitaire et auprès des milieux d’intervention auront un effet multiplicateur des impacts de la recherche.

Éthique

Ce projet de recherche a été approuvé par le Comité d’éthique de la recherche-Lettres et sciences humaines (No de projet : 2024-4514).